DERNIER ARTICLE EN FORME DE CLIN D'OEIL ... VOIRAUTREMENT CHANGE DE STATUT !

Voilà déjà 18 mois que ce blog existe. Il a été à l'origine de rencontres et de discussions, notamment avec une certaine jeunesse qui avait des choses à dire et qui s'est servi de cette plateforme pour les exprimer, dans un bon français qui plus est. Que les lecteurs comme les participants gardent intacte,dans les années à venir, cette habitude de questionner les réalités de leur monde et de leur temps en faisant appel autant à leurs passions qu'à leurs savoirs. Cette jeunesse-là a de l'avenir pour peu qu'elle sache éviter l'erreur des certitudes établies pour privilégier le "doute raisonnable".
Je ne crois pas que le destin de cette jeunesse soit déjà écrit. Je suis un ardent défenseur de la page blanche que chacun remplit au gré de son propre chemin, de ses propres expériences et de ses propres choix.


"Voirautrement" n'avait pour ambition que d'amener cette jeunesse jusqu'à cette page blanche en leur faisant partager mes coups de coeur et mes coups de "gueule" ... Que chacun continue à entretenir la flamme ... Puisqu'un changement s'annonce, je ne pouvais terminer cette version du blog sans revenir aux "racines", en rendant une dernière fois hommage à la jeunesse de ce temps, via un petit clin d'oeil à un groupe de "jeunes déviants" qui, lui aussi, a sûrement de l'avenir ...

Un petit groupe de jeunes, plus déjantés les uns que les autres ... un champ un peu perdu au bout d'un chemin qu'il vaut mieux fréquenter en véhicule tous terrains (pas très écologique mais plus pratique !) ... Et voilà une soirée qui sent bon la fin de l'année. Même la météo a tenté de menacer leur fête mais elle a renoncé devant autant d'énergie déployée. Il y avait là une foule de jeunes tous différents mais finalement très proches les uns des autres unis par les mêmes crises de fou-rire, les mêmes danses et la même insouciance. Ce moment partagé avec eux m'a rappelé combien il peut être paisible de voir une jeunesse simplement vivre et s'amuser loin des fureurs du Monde. Les entendre chanter ou les voir danser sur les Red Hot ou les Démons de minuit voire la Tektonik, en passant par les Corons ou même Edith Piaf (et là, il y a encore du travail en terme de valse, certains comprendront !), m'a rappelé combien cet âge est bien souvent celui de la plus grande tolérance et de l'acceptation des différences ... Par delà ces différences de goût ou de culture, l'amitié s'impose comme une évidence. Ils m'ont laissé la sensation qu'au-delà des affinités particulières, ils seront là les uns pour les autres ... sans naïveté aucune sur les réalités qui les attendent ... juste une question de vivre au présent toutes les sensations que procure un groupe de jeunes qui s'entend bien. Même si certains avaient au fond de leur verre une boisson qui avait quelques degrés (et encore, je suis très optimiste), ils semblent avoir compris qu'insouciance n'est pas inconscience ... pas question de reprendre la route ... camping improvisé au milieu du champ ... le groupe ne doit perdre personne, surtout pas pour une raison aussi "stupide"... Jeunesse, Fête, Alcool ... Décidément ce trinôme diabolique perdure malgré toutes les campagnes de prévention. Ils sont plus raisonnables, certes, mais le problème de fond demeure. Il faudra que nous en reparlions à la rentrée ... Heureusement que certains d'entre eux veillent un peu sur les autres, tels des phares, le temps que tout ce petit monde grandisse et fasse plus attention aux dangers qui les guettent !

Medhi, Jordan, Thomas, Victor, les 2 Maxime, Gabin ... Des jeunes hommes qui sont des Mecs, des "Vrais", ou du moins qui s'en donnent l'apparence mais qui, sur le fond, sont des garçons assez formidables. Ils promettent d'être des hommes de qualité (notamment dans leurs relations aux femmes !) qui auront quelque chose à dire car, en plus, ils sont brillants.

Stéphanie, My-lan, Pauline, Juliette, Anne-Louise, Carole, Léa, Elodie, Louise, Chloé, les 2 Cécile, Lolita, Florine, Julie (sans oublier l'autre Julie et Celestine) ... Petits bouts de jeunes filles qui n'ont ni leur langue dans leurs poches, ni froid aux yeux. Femmes de ce temps qui ont réussi le challenge, par rapport aux générations qui les ont précédées, de croire en elles et en leur réussite. Elles iront loin et pourront en être fières.

A vous tous ... en espérant que tout s'est bien terminé (sans doute à une heure tardive, je n'en doute pas !) ... Gardez cette fougue de la jeunesse et cette force collective que vous donne l'amitié que vous partagez dans ce petit groupe. Vous avez encore bien des moments communs à partager, bien des épisodes à écrire. Gardez intacts ce sentiment et cette énergie pour continuer ensemble votre route. A terme, chacun fera son chemin mais vous n'oublierez pas ces moments ensemble ... Ils seront les meilleurs souvenirs de vos années Lycée ... Prenez en soin, tout comme de vous, d'ailleurs !

Merci pour cette invitation qui fait du bien à l'âme !

A très bientôt sur ce blog qui sera très différent ... plus utile, peut-être !!

L'humble professeur qui vous a tyrannisés toute une année !

# Posté le vendredi 13 juin 2008 12:03

Modifié le mercredi 18 juin 2008 00:52

C'EST PARTI POUR VOIRAUTREMENT VERSION 2.0 ... UNE NOUVELLE ERE COMMENCE ...

Comme annoncé, Voirautrement évolue vers une nouvelle version ... Changement de look d'abord, question de bien marquer le passage d'une "époque" à l'autre ... Changement de contenu surtout puisque désormais ce blog tentera, modestement, de contribuer à l'obligation donnée par Jules Ferry aux enseignants (les Hussards de la République comme il aimait à le répéter) de diffuser des éléments de connaissances à ceux qui en auront besoin ou la curiosité ...


Pas de parti pris (enfin, on va essayer !) ni de choix idéologiques ... Juste les éléments (souvent théoriques) que l'on n'a pas toujours le temps d'aller chercher soi-même et qui permettent non seulement de comprendre certains débats mais surtout de ne pas se faire "embobiner" par des approches médiatiques souvent approximatives ou des simplifications politiques qui sentent "bon" la condescendance d'une élite envers un peuple "bien brave mais qui ne pourrait pas comprendre" (René Coty)

Parce que la connaissance ne doit pas être l'apanage d'un petit nombre et parce que la transmission du savoir assure sa pérénité mais aussi son évolution au gré des générations, on va essayer de faire au mieux ...

Principe de base :

Tous les articles seront répertoriés dans cet article-sommaire via des liens. il suffira donc de cliquer sur le lien associé à la notion qui vous intéresse (Une nouvelle fenêtre s'ouvrira) ou d'effectuer une lecture classique au gré des articles. Si des éléments manquent de clarté ou vous interpellent, n'hésitez pas à les laisser en commentaires ... je tenterai d'y répondre soit dans les commentaires, soit en "amendant" l'article si cela s'avère nécessaire


REPERTOIRE :

> Analyse des sujets de Sciences Economiques et Sociales - bac 2008 ➙ LIEN

> Les mystères de la Croissance économique ➙ LIEN

VOIRAUTREMENT


PS : Pour les "nostalgiques" de l'ancienne version, rendez-vous sur conscience du monde qui, lui-aussi, vient d'être refondu !

# Posté le dimanche 22 juin 2008 05:41

Modifié le dimanche 20 juillet 2008 07:04

ANALYSE DES SUJETS DE SES - BACCALAUREAT CUVEE 2008

La session 2008 du Bac a réservé quelques surprises aux candidats, notamment en SES où les deux problématiques proposées au choix étaient un peu plus "corsées" que d'habitude. Petit tour d'horizon de ces deux sujets :

En Dissertation : En quoi l'innovation est-elle facteur de compétitivité ?

Voilà un sujet posé d'une façon très contemporaine. Il ne s'agissait nullement de discuter du caractère compétitif ou non de l'innovation puisqu'il était présupposé par l'énoncé. Il s'agissait donc de mettre en valeur par quelles modalités l'innovation est source de compétitivité. Pour y répondre, les documents fournis étaient un peu originaux car ils ne suggéraient presque que des pistes hors des sentiers battus du cours de Terminale ... mais c'est justement cela qui était intéressant. Trêve de commentaires, voici une proposition de plan possible pour y répondre :

I - Innovation et Compétitivité sont liées par une logique de choix ... *
A - Autant au niveau des choix publics *
1) Pôles de Recherche et Tissu industriel (docs 2 & 4)
2) Economie de la connaissance (doc 3)
B - Qu'à celui des choix stratégiques *
1) Compétitivité, mondialisation et type d'innovations (doc 6)
2) Exigences sur l'emploi et propension à l'innovation compétitive

II - Mais elles sont aussi liées par une logique d'effets *
A - Qu'il s'agisse des innovations de procédés ou organisationnelles *
1) Innovations de procédés, productivité et compétitivité-prix (docs 4 & 5)
2) Innovations organisationnelles, condition de travail et qualité (doc 1)
B - Ou, plus encore en terme de produits *
1) Adaptation / création de produits, nouveaux besoins, nouveaux marchés (docs 1 & 6)
2) Nouvelle source de Matière première ou découverte technique, technologie incorporée, nouvelle demande

En Question de Synthèse : Mondialisation et Culture(s)

Problématique réputée difficile car son traitement impose aux candidats de bien maîtriser l'interaction entre une tendance économique structurelle et les analyses économique et sociologique associées aux biens et services culturels ... Rien de très évident donc si ce n'est qu'il s'agit d'une épreuve de type 2 donc censée être moins "dangereuse" que la dissertation puisqu'elle est guidée par un TP et cadrée par des documents clairs et un libellé de plan sans équivoque, donc :

Travail Préparatoire :

Sans aucune surprise ... Les deux premières questions relevaient de calculs simplifiés où l'impératif de méthode (type IFAC) suffisait à "prendre les points". Pour ce qui est des 4 autres, on retrouve le lancinant problème du risque de paraphrase car les documents donnaient presque toutes les informations-clés et seuls des apports extérieurs performants pouvaient permettre aux élèves travailleurs de se distinguer de la masse ... en espérant que ces élèves aient choisi plutôt la dissertation s'ils voulaient se mettre en valeur.
Les éléments référencés dans le TP étaient : stratégie d'internationalisation, acculturation, standardisation, spécificités culturelles, interprétation culturelle et résistances culturelles

Question de Synthèse : (Plan imposé )

I - Mondialisation et Uniformisation culturelle *
a - Mondialisation et stratégie d'internationalisation de la distribution ( quest° 1 & 2)
b - Mondialisation et Acculturation (quest° 3)
c - Mondialisation et standardisation : vers une culture-monde via un mode de consommation (quest° 5)

II- Les limites de cette relation *
a - Produits mondialisés et identité culturelle spécifique (quest° 5 & 6)
b - Mondialisation productive et interprétation culturelle locale (quest° 6)
c - Les résistances culturelles aux produits standardisés (quest° 4)


EN SPECIALITE : Emile DURKHEIM vs JOHN MAYNARD KEYNES

Deux sujets de difficultés très différentes mais très "originaux" du fait de leur cadrage ou du choix du texte-support.

SUJET A : Le fait social selon Emile Durkheim

Q1) Caractériser le fait social.

I - Régularité et extériorité objectivante
II- Force morale

Q2) Deux exemples de faits sociaux (hormis ceux du texte)

I - La division du travail technique (comme exemple de la DTS)
II - Le Suicide (selon Durkheim !!)

Q3) Tatouage, fait social ?

I - En société traditionnelle : OUI s'il constitue un marquage ayant valeur d'appartenance
II -En société moderne : Plus vraiment dans la mesure où il est le support d'une individualité affirmée

SUJET B : La demande effective selon JOHN MAYNARD KEYNES (texte "légendaire" mais très difficile)

Q1) Le rôle de la demande effective

I - Un rôle central dans l'économie du circuit (par opposition aux néoclassiques)
II - Parce qu'elle détermine le niveau d'emploi

Q2) Passage souligné à expliquer

Paragraphe reprenant le schéma itératif de la Théorie générale en mettant en valeur la détermination ex-post des salaires et non ex-ante

Q3) Analyse sur le caractère keynésien (ou non) d'une mesure de politique économique : Abaissement des charges d'entreprise et défiscalisation des heures supplémentaires (un peu polémique comme question, tout de même !)

I - A priori, pourquoi pas puisque ces deux mesures favorisent l'investissement des entreprises et la consommation des ménages
II - A posteriori, c'est plus discutable car l'EBE supplémentaire peut alimenter l'épargne brute des entreprises et le supplément de revenu disponible des ménages ne sera pas intégralement dépensé, notamment pour les hauts revenus ... autant de mécanismes de fuite dénoncés par Keynes.


Voilà un "bouquet" de sujets qui risque de prêter à discussions lors des commissions d'harmonisation ... ce qui peut jouer en faveur des élèves travailleurs mais en difficultés. Par contre, les références de cours implicites étaient nombreuses sur ces 4 sujets ce qui laisse peu de place pour l'improvisation ... Gare aux candidats qui avaient délaissé les révisions !



VOIRAUTREMENT

# Posté le dimanche 13 juillet 2008 05:29

SECTION 1 - A L'ASSAUT DE LA CROISSANCE ECONOMIQUE ET DE SES MYSTERES ....

S'il est un terme qui est joyeusement galvaudé tant par la presse écrite que par les média audiovisuels (alors que certains journalistes sont tout de même issus d'un parcours Science-Po, ESJ ce qui est le comble !), c'est bien celui de Croissance économique. En ces temps où réapparaît le spectre d'une crise économique rampante, il est grand temps de remettre les choses en place ou, plus exactement, de redéfinir exactement de quoi on parle ...


I - La Notion de Croissance économique :

S'il existe une multitude de définitions, celle qui semble à peu près partagée par la communauté des économistes de tous bords est celle donnée par François Perroux, économiste hétérodoxe du XXème siècle :

" La croissance se définit comme l'augmentation durable, en termes réels, d'un indicateur de dimension nationale qui s'effectue dans des changements de secteurs et/ou de structures" - Economie du XXème Siècle

Un peu rébarbative au premier regard, cette définition a l'avantage de donner une vision à peu près exhaustive du contenu lié à un processus de croissance. Reste à décomposer clairement cette définition :

- "Augmentation durable" implique que le processus s'inscrit dans le long terme ce qui l'oppose plus ou moins à la logique d'expansion économique qui ne concerne que le court terme.
- "en termes réels" provient d'un apport des économétriciens durant le 20ème siècle. Ils ont considéré qu'il fallait corriger la mesure des indicateurs de croissance d'un phénomène qui entachait la mesure nominale : l'inflation. Il s'agit donc de déflater une série longue, en d'autres termes de corriger la mesure de l'effet-prix.
- "Un indicateur de dimension nationale" implique d'utiliser un agrégat d'évaluation des richesses produites par une Nation en une année (ou sur une période donnée). Honnêtement, il y en a pléthore mais les principaux qui sont utilisés sont : la production (industrielle), le PIB et le PNB ; les deux derniers étant privilégiés par l'essentiel des organismes statistiques mondiaux.
(petit rappel : PNB = PIB + Revenus reçus du reste du monde - revenus versés au reste du monde)
-"changements de secteurs et/ou de structures" est incontestablement la partie la plus complexe de cette définition. Pour simplifier, on considère que le processus de croissance n'est réellement digne de ce nom qu'à condition qu'ils produisent des effets économiques tant au niveau de la répartition des secteurs d'activité dans la valeur ajoutée (on parle de principe de non-homothétie) qu'à celui des effets socioéconomiques (répartition des richesses dans la population, répartition des actifs dans la structure de la population active ...)

* Mesure de la croissance économique :

On utilise donc un taux de variation déflaté appliqué à un indicateur macroéconomique, le plus souvent le PIB soit :

PIB réel = PIB nominal / (1 + taux d'inflation) [formule à appliquer à l'année de départ et l'année d'arrivée]

Taux de Croissance = (PIB réel année arrivée - PIB réel année de départ)/ PIB réel année de départ

Il suffit alors multiplier le résultat par 100 et l'on obtient, en pourcentage, le taux de croissance économique sur la période étudiée de la nation concernée. Bien faire attention en cas de comparaisons internationales à ce que les résultats soient aussi corrigés des différences de change, en d'autres termes que les PIB soient exprimés dans une même monnaie en termes constants (très souvent le dollar US).

II - D'où vient la Croissance ?

Croire qu'il s'agit d'un mécanisme spontané qui apparaîtrait tout seul est un leurre prodigieux ! La croissance économique est le fruit d'une dynamique économique qui peut s'approcher tant du côté de l'offre (via l'analyse factorielle) que du côté de la demande (via l'approche comptable)

* L'approche factorielle :

Liée aux travaux des économistes marginalistes du 19ème siècle, cette approche très mathématique rebute plus d'un étudiant. Elle est pourtant vitale pour comprendre pourquoi on ne peut faire l'économie d'une analyse économique du côté offre. Pour simplifier ce qui est un peu "costaud" d'un point de vue mathématique, on peut reprendre l'approche par équation soit :

Q = A. f(K,L)


Cette étrange écriture dit que la production (Q) est liée au produit d'éléments structurels (A) et d'une composante variable qui est une fonction mathématique combinant le facteur capital (K) et le facteur travail (L); chacun de ces facteurs étant eux-mêmes variables dans leur valeur.

Pour obtenir les explications de toute variation de production, il "suffit" de procéder à de petits calculs mathématiques, à savoir des dérivées partielles (notées ∂) de Q selon les deux facteurs (K,L), soit calculer (∂Q/∂K et ∂Q/∂L) ... autant dire que pour les personnes peu adeptes des mathématiques, il est sans doute préférable d'admettre les résultats suivants :

La croissance peut s'expliquer par :
- des effets de structure (politique d'aménagement du territoire appliquée au tissu industriel, par exemple)
- une augmentation de la quantité de capital injectée dans la processus de production (investissement de capacité, par exemple)
- une augmentation de la productivité du capital (modernisation des biens d'équipements, par exemple)
- une augmentation de la durée d'utilisation des équipements (passage 2x8 à 3x8)
- une augmentation de la quantité de travail (hausse du niveau d'emplois)
- une augmentation de la durée du travail
- une augmentation de la productivité du travail (rationalisation organisationnelle d'un atelier, par exemple)
- et un "résidu" (parfois noté ε) qui correspond à la contribution exogène du progrès technique (cf. les travaux de R.Solow)

Tout cela peut paraître un peu "savant" mais dans la réalité cette thèse repose sur un principe de bon sens : produire davantage implique soit de produire plus grâce à plus d'entrées factorielles (croissance extensive), soit produire mieux avec les quantités de facteurs existantes.(croissance intensive) ... binôme traditionnel auquel s'ajoute la croissance technologique liée à la dynamique innovante associée au progrès technique.

Cette approche a la vertu de donner des indications sur les modalités actives d'amélioration de la croissance. Il "suffirait" donc (mais rien n'est jamais aussi simple !) de favoriser l'emploi, l'investissement, la recherche et de "flexibiliser" le travail notamment dans ses aspects administratifs ... ce dernier argument montrant combien l'approche par l'analyse factorielle est forcément d'obédience plutôt libérale ce qui explique pourquoi on l'associe à l'économie du côté offre.

Ainsi, hors de toute polémique, cette analyse explique pourquoi certains économistes ont avancé l'idée que "travailler plus" permettait de produire plus (ce qui économiquement juste !) et, puisque la valeur ajoutée est redistribuée sous forme de revenus factoriels, finalement "gagner plus" ... Seul inconvénient majeur : Il faut que la demande suive cette offre supplémentaire (sinon on produit davantage pour rien !) et que le circuit de redistribution suive exactement le surplus du producteur (d'autant plus que le revenu sert à consommer, soyons logiques !) ce qui est parfois loin d'être le cas. En effet, le bon fonctionnement de cette thèse dépend du partage de la Valeur Ajoutée réalisée grâce à la production (exemple français où seuls 60 à 70 % de la VA est redistribué aux ménages alors qu'en Suède, c'est près de 80 %).

On voit donc combien l'analyse factorielle est utile pour mettre en valeur les modalités de la production (et donc les champs d'action possibles pour restaurer la croissance) mais elle bute sur les comportements des agents économiques et nécessite donc d'être complétée par l'analyse comptable.

* L'analyse comptable

Cette analyse, issue des travaux de la Comptabilité Nationale, met en valeur l'idée que la production est le fruit d'une satisfaction d'acteurs économiques demandant des biens de consommation et/ou d'équipement. L'équation comptable est "célèbre" :

Q = CF + CI + I + (G-T) + (X-M) + Δstocks


Si l'on fait abstraction des variations de stocks (question de ne pas s'embrouiller davantage), la production (Q) serait donc liée à :

- une action des ménages dont le comportement majeur reste la Consommation finale (CF)
- une action des entreprises liée à leurs achats-fournisseurs (Consommations intermédiaires CI) et leurs acquisitions de biens d'équipements (investissements I)
- une action de l'Etat à travers le solde (inversé !) des éléments budgétaires (G: dépenses publiques - T: impôts et taxes)
- une action du reste du Monde à travers le solde des transactions courantes (X : exportations M: importations)

Cette approche, plutôt keynésienne dans ses fondements, présuppose donc que c'est en agissant sur les facteurs de la Demande que l'on peut restaurer les conditions de la croissance. Ainsi favoriser la baisse du cours des matières premières, injecter des surplus de revenus, baisser les taux d'intérêt ou les droits de douane ... sont autant de modalités qui favorisent une augmentation de la production.

Les éléments techniques (et microéconomiques) de la production autant que les aspects macroéconomiques du comportement des acteurs sont les éléments basiques pour comprendre tout à la fois d'où vient la croissance et comment on peut agir sur elle ...


Finalement l'économie, ce n'est pas "sorcier" !


FORUM - QUESTIONS :


Question)

Y'a t'il eu des études démontrant qu'un marché x (par exemple la haute technologie) serait plus réceptive a l'offre pour stimuler sa croissance interne, tandis qu'un marché y (par exemple l'agro-alimentaire) serait plus réceptif a la demande? Merci d'avance pour votre réponse si vous en avez le temps. . Alex


Réponse)

Terrible difficulté technique autour de cette question ce qui explique ma réponse très tardive (dont j'espère que l'auteur voudra bien m'excuser). J'ai effectué moult recherches et même demandé l'aide de mes anciens mentors (aujourd'hui à la retraite donc ils ont le temps !!) et nous sommes tous tombés d'accord :
En tant que telle, aucune étude de fond n'a été menée pour distinguer le poids de l'offre (ou de la demande) dans le développement d'un marché spécifique. Par contre, en microéconomie, on admet une distinction entre le côté court (sous-entendu la demande) et le côté long (sous-entendu l'offre) pour étudier le développement du surplus du producteur, soit le profit marginal réalisé. Via des calculs complexes de dérivées secondes et partielles (dont je vous fais grâce, franchement vous ne ratez rien !!), on peut aboutir à une distinction fondamentale relativement proche de votre question :
- d'une part, les marchés dont le profit marginal est largement issu d'une dynamique sous l'influence du surplus du consommateur et donc de ses choix de consommation et/ou de son niveau de revenu. Il s'agit pour l'essentiel des biens et services satisfaisant les besoins primaires (hors logement car c'est un cas particulier puisque ce n'est pas une consommation mais le seul "investissement des ménages"), à l'instar de l'alimentation que vous aviez très bien repéré. Pour schématiser, on y retrouve essentiellement les produits à faible valeur ajoutée et souvent à faible niveau de technologie incorporée (sauf l'audiovisuel mais il s'agit là d'une contrainte de concurrentialité très forte !)
-d'autre part, les marchés dont le profit marginal est issu du niveau de technologie incorporée et donc ayant un caractère innovant (au sens schumpétérien). L'influence de la demande est plus faible dans la mesure où les prix sont élevés mais la valeur ajoutée est importante même si elle contribue pour l'essentiel à la rentabilité économique et accessoirement aux remboursements des dépenses d'investissements en recherche-développement.

Comme me le faisait remarquer de façon très pertinente monsieur Bourguinat, la question est soluble dans le cycle du produit de Vernon dans la mesure où sur les premières phases du cycle, le côté long (l'offre) est primordial et sur les dernières (notamment la maturité précédant la sénescence), la logique de profit marginal décroissant implique une compensation par l'effet quantité d'un effondrement de l'effet prix (cf l'indice de Paasche). C'est alors le côté court (soit la demande) qui prend le relais.

En espérant avoir apporté des éléments d'éclaircissement, bonne continuation Alex.


VOIRAUTREMENT

# Posté le dimanche 13 juillet 2008 05:38

Modifié le samedi 30 août 2008 06:44